De la noblesse en Outreterre

Le Duché d’Outreterre n’est point une utopie égalitaire ou égalitariste, personne n’en disconvient. Rare pourtant est la joueuse ou le joueur qui ne fut tenté un jour de mettre sur le même pied seigneurs, bourgeois et paysans dans un grand élan de générosité et de modernisme (et surtout en rupture totale avec l’univers des Complaintes d’Outreterre), prétendant que leur sang à tous est de même valeur et que leur nom importe bien peu au final.
Certes, me direz-vous dans un élan véhément et désapprobateur, nous avons bien compris qu’Outreterre est un monde à la sauce médiévale où nobles et paysans ne partagent ni leurs coutumes ni leur couche. La cause est-elle entendue pour autant ? Que nenni ! Un petit cours de rattrapage sur la représentation sociale à l’usage des habitants du Duché s’impose…

Tout d’abord, il y a noble… et noble ! Bien imprudent serait en effet l’inconscient qui mettrait sur le même pied, voire pire dans le même panier, par exemple la fille d’un Comte Kennen, dont le sang est celui de l’une des Grandes Maisons du Duché, et un petit seigneur dont le seul fief se résume à une petite ferme vaguement fortifiée ainsi qu’à quelques champs où sont attachées trois familles de paysans…
Cela devient compliqué ? Pas tellement en fait. Pour le dire simplement, on distingue trois « niveaux » de noblesse :

  • La Haute noblesse comprend les membres de sang (ou par mariage) des Grandes Maisons d’Outreterre, à savoir Malfast, Queyras, Kennen, Corbal, Valnor, Lanark, Cornesacre d’Artois et Malberge ;

  • La Moyenne noblesse (ou Noblesse, tout court), les membres des Maisons en chef de Baronnies (ou d’un Vicomté, car il ne faut pas l’oublier, ainsi que les Avoués), comme par exemple Defarre, Malpourpre, Cendrorage, Fortelune, Corbevin ou encore Bärenwald pour n’en citer que quelques-uns ;

  • Et enfin la Basse noblesse, les membres de Maisons de seigneurs (vassaux ou sous-vassaux de Barons), les chevaliers féaux et sans terre, voire à titre personnel (leurs familles ne sont pas concernées) les écuyers ainsi que de simples roturiers d’origine exerçant de hautes fonctions auprès de la Cour ducale et « s’anoblissant » par leurs tâches (mais ceci est une exception à la règle).

Trois catégories de nobles, aux limites moins précises qu’il n’y paraît, donc… Qu’en est-il alors des autres, de cette immense majorité (95%) de la population d’Outreterre ? Est-ce de la roture ? Oui… et non !
Parmi cette masse de non-nobles, on distingue une catégorie à part. Ce sont les Bourgeois, ces roturiers (ou anciens roturiers, selon le point de vue) qui se voient eux-mêmes comme une « noblesse » d’argent ou de savoir. Habitant généralement les gros bourgs du Duché (Tristerre, les chefs-lieux de Comtés et les Cités franches), ceux-ci sont les hommes et les femmes qui ont pu s’affranchir du travail manuel (qu’il soit paysan ou d’artisanat) pour gagner leur vie de leurs compétences, qu’elles soient commerciales en grande majorité ou acquises dans les écoles épiscopales, ou pour les plus chanceux à l’Université chrétienne de Tristerre. Négociants ou encore mestres ou artistes, ils ne se considèrent plus en tant que roturiers, aspirent en règle générale au profit et vivent du travail (ou du manque de compétences) des autres.

Et tout en bas de l’échelle sociale, vous l’aurez compris, se trouve… la Roture, la vraie, celle qui sent la sueur et le travail bien accompli, celle qui nourrit, habille, chauffe (ou réchauffe) Outreterre, et meurt sur ses champs de bataille car sa valeur est jugée négligeable, celle qui se révolte quand elle a faim et baisse les yeux au sol lorsque ses seigneurs paraissent. Cette classe est l’âme d’Outreterre, sa force vive, celle sans laquelle le Duché ne serait rempli que d’oisifs incapables de produire la moindre chose de leurs dix doigts. Sans doute la classe la plus importante, mais aussi – et vous aurez compris où je veux en venir – la moins bien considérée car il est dans le très chrétien Duché admis que l’ordre social est celui voulu par Dieu et qu’il n’appartient pas aux croyants de le remettre en cause.

Et en pratique ? Si ces couches sociales peuvent fluctuer, elles constituent un cadre mental pour tous les habitants du Duché, et surtout un cadre établi et permanent. Bien rares sont ceux qui verront au-delà d’un niveau au-dessus ou en-dessous du leur.
Considérons un membre de la Haute noblesse : pour lui ou elle, Basse noblesse, Bourgeoisie et Roture ne forment qu’une masse sociale indistincte, quand bien même il est capable (à moins d’un grave défaut d’intellect) de faire la différence entre un petit seigneur et un paysan, car il considérera tous les membres de ces couches de la même manière et s’attendra au même respect de leur part. De même, considérons un bourgeois : il connaît les subtiles nuances de pouvoir entre un Duc, une Comtesse, un Baron, etc mais il considérera Hauts nobles et nobles dans le même ensemble de « nobles supérieurs à la Basse noblesse », aspirant qu’il est à ce qu’un jour son sang n’atteigne cette couche de Petite noblesse.

Une dernière précision avant de vous quitter (ou tout au moins de quitter les courageux qui auront eu la patience de lire jusqu’ici) : cette classification concerne l’origine et le statut social par le sang (et le mariage), mais n’est pas restrictive à certains titres ou charges. Le roturier de la plus basse extraction peut se retrouver Sénéchal d’un puissant Comte ou Officier de l’administration ducale, comme un fils de Duc peut un jour travailler de ses mains (il sera toutefois extrêmement mal vu de tous, et sans doute renié). De même, un roturier peut devenir évêque s’il commence en tant que simple prêtre et s’illustre par ses compétences (bien que les membres du Haut clergé soient très généralement issus de famille nobles).
L’origine sociale, et ses représentations, sont avant tout une manière de lire le monde et d’envisager les rapports entre gens pour tous les habitants d’Outreterre.
Au final, tous s’inclinent devant Dieu… et son clergé !

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